Chat domestique / Chat sauvage

Des chats qui se ressemblent...

Chat domestique et Chat sauvage : comment les différencier ?

Chat sauvage, chat forestier, chat haret, chat domestique… Nous vous proposons un article pour mieux comprendre la différence entre tous ces félins, ainsi que les relations qu’ils entretiennent.

 

Présentation et origine des deux espèces : Felis silvestris et Felis catus

Même si sa classification reste complexe et évolue au cours du temps, il est aujourd’hui admis que l’espèce Felis silvestris, le Chat forestier, englobe différentes sous-espèces : le Chat forestier européen (F. s. silvestris), le Chat forestier d’Afrique ou Chat ganté (F. s. lybica) et le Chat forestier d’Asie ou Chat orné (F. s. ornata). Deux nouvelles sous-espèces ont été reconnues plus récemment : le Chat forestier d’Afrique du Sud (F. s. cafra) et le Chat du désert de Chine (F. s. bieti). 

Pendant longtemps, l’origine du Chat domestique a été controversée, certains estimant qu’il avait été domestiqué à partir de F. s. silvestris, le Chat forestier européen, et d’autres à partir de F. s. lybica, le Chat ganté. Des analyses génétiques réalisées en 2009 ont finalement pu mettre en évidence que les chats domestiques sont les descendants de la sous-espèce lybica.  Ainsi, Chat domestique et Chat forestier européen ne sont que de « lointains cousins », appartenant à la même espèce à l’origine, mais à des sous-espèces différentes.

Suivant les recommandations de la commission internationale de nomenclature en zoologie, le Chat domestique est aujourd’hui considéré comme une espèce à part entière, Felis catus. Si on ne connaît toujours pas avec certitude la date de domestication du Chat, il semblerait que certains chats gantés, moins peureux que leurs congénères, aient été attirés dès le Néolithique par les fortes densités de rongeurs localisées autour des stocks céréaliers et qu’ils soient progressivement devenus commensaux des humains, qui les ont tolérés en tant qu’auxiliaires de l’agriculture. Ils ont alors naturellement divergé de leurs congénères sauvages. Ce processus d'apprivoisement passif aurait débuté environ 9 500 ans avant notre ère dans la région du Croissant fertile, notamment sur l’île de Chypre. 

En France, on rencontre actuellement uniquement le Chat forestier européen (que nous appellerons par la suite Chat forestier) et le Chat domestique, qui, une fois retourné à l’état sauvage et lorsqu’il forme des populations autonomes, peut être appelé « chat haret », « marron » ou même « féral ». L’identification de telles populations reste cependant difficile car leur statut, basé sur leur proximité avec les humains (degré de nourrissage et liberté de déplacement), est transitoire et les différences très fines.

 

Le Chat forestier, F. s. silvestris

Crépusculaire et nocturne, le Chat forestier (parfois appelé Chat sauvage) est un mammifère très discret, solitaire et territorial, comme la plupart des Félidés. Il fréquente principalement les forêts de feuillus, les taillis et les bordures de zones de cultures peu intensives. Son habitat idéal présente une mosaïque de vastes massifs forestiers en continuités, bordés de prairies naturelles. Il apprécie les lisières de bois mais aussi les zones humides, et autres marais en périphérie de zones forestières.

L'espèce établit son gîte estival dans des parcelles forestières jeunes, et se déplace selon l'ensoleillement. En hiver, il occupe plutôt des terriers creusés par d'autres espèces, comme le Blaireau (Meles meles), et peut même être amené à cohabiter avec le Renard roux (Vulpes vulpes). Strictement carnivore, le Chat forestier se nourrit majoritairement de petits rongeurs, et peut parfois être charognard. Repérant ses proies à l'ouïe, il pratique la chasse à la billebaude : comme le Renard roux, on dit qu'il « mulotte ». Au printemps, il n'est pas rare de le voir également chasser des grenouilles, voire des oiseaux. Le rut a lieu de mi-janvier à fin février, et la naissance des jeunes survient la plupart du temps entre avril et mai, mais elle reste possible toute l'année.

 

Répartition en France et état de conservation du Chat forestier

Le Chat forestier est assez largement présent sur le territoire français : sa population est répartie en deux noyaux non connectés, l'un dans le nord-est de la France jusqu'au Massif Central, et l'autre dans le massif des Pyrénées. La tendance actuelle de sa population est considérée comme en augmentation. En effet, l'aire de répartition du Chat forestier augmente depuis ses bordures vers l'ouest et le sud. La menace principale identifiée pour cette espèce est la dégradation de son habitat, notamment la perte des zones de prairies dans certaines régions, car, comme vu précédemment, le Chat forestier affectionne particulièrement les mosaïques de forêts et de prairies. Le développement des routes occasionne une importante mortalité liée aux collisions avec les véhicules et contribue à la fragmentation de ses habitats, ce qui fragilise à terme les populations, qui ne peuvent plus communiquer entre elles. Les contacts avec les chats domestiques occasionnent également des menaces potentielles, détaillées plus bas dans un paragraphe dédié.

 Bien que l’espèce soit protégée en France depuis 1979, les destructions illégales (par tir, piégeage, voire empoisonnement volontaire ou accidentel) peuvent encore constituer une menace. De plus, les campagnes d'empoisonnement de rongeurs en agriculture représentent une source d'intoxication secondaire comme chez de nombreux prédateurs sauvages, par consommation d’individus contaminés par les chats forestiers. 

 

Le cas de la Corse : une nouvelle espèce ?

En 2019, l’annonce de la découverte d’un nouveau chat forestier en Corse, appelé « chat-renard », peut-être même d’une nouvelle espèce de félidé endémique, c’est-à-dire présent uniquement sur cette île, a fait grand bruit. Un article détaillant l’évolution des noms du chat corse résumé ici a été publié dans Mammifères sauvages n°78 (octobre 2019).

Différente morphologiquement du Chat forestier « continental » en termes de patrons de couleur du pelage et de mesures du crâne, elle avait été décrite en 1929 comme appartenant à une espèce à part, Felis reyi. Cette population corse a ensuite changé de classification à de nombreuses reprises, rattachée tantôt à F. silvestris et à F. lybica, ou même en tant que sous-espèce proche de ces deux taxons. D’après les auteurs, « l’hypothèse que le chat « sauvage » de Corse soit en fait un chat marron, c’est-à-dire domestique retourné vivre à l’état sauvage, pourrait bien être imposée par l’archéozoologie [en lien avec l’histoire de la Corse]. Il semblerait que tous les mammifères sauvages aujourd’hui présents sur l’île viennent d’ailleurs. Si certaines espèces y ont certainement été introduites il y a plusieurs millénaires, le cas du Chat est bien différent, car il n’existe pas de reste connu de félin antérieur au Moyen-Âge en Corse. Compte-tenu des particularités morphologiques du chat corse, ce marronnage pourrait cependant être plus ancien que les premiers restes de chats connus et dater de la fin de l’âge du Fer. Comme dit précédemment, le Chat domestique descend de F. lybica, ce qui expliquerait facilement les similitudes entre le chat corse et le Chat ganté, notées par la plupart des auteurs. C’est probablement ce que nous révèleront les analyses génétiques en cours, déjà annoncées il y a quelques années. »

 

Relations entre Chat domestique et Chat forestier : les cas d’hybridation et la transmission de maladies

Comme vu précédemment, Chat forestier et domestique - comme l’ensemble des sous-espèces décrites de Felis silvestris – sont fortement apparentés et sont donc génétiquement très proches. Ainsi, l’hybridation avec le Chat domestique, à l’origine de descendants eux-mêmes capables de se reproduire, est observée sur l’ensemble de l’aire de répartition du Chat forestier, à des niveaux qui semblent variables d’une région à une autre. Elle serait moins fréquente dans les Pyrénées que dans le Nord-Est du pays, notamment en Lorraine, mais des études complémentaires sont nécessaires pour préciser ses conséquences sur les populations de chats forestiers. Le problème tient dans la complexité de l’étude des individus hybrides, qui sont dans la pratique impossibles à différencier à vue des chats forestiers « purs » sur le terrain. 

Les chats domestiques sont également susceptibles de transmettre certaines viroses félines telles que la panleucopénie (ou « typhus »), le coryza (association d'un herpès virus et d'un calicivirus), le FIV (« sida du chat ») et FeLV (leucose féline), auxquelles le Chat forestier est très sensible. Le niveau d’exposition de ce dernier et l’impact de ces maladies sur ses populations ne sont pas connus à ce jour en France.

 

Comment différencier Chat domestique et Chat forestier ?

Chez le Chat forestier, le pelage présente trois éléments caractéristiques :
- une queue épaisse avec 2 à 4 anneaux noirs complets et terminée par un manchon noir ;
- une ligne dorsale noire unique et fine débutant au milieu du dos (au niveau des omoplates) et s’arrêtant à la base de la queue ;
- quatre à cinq rayures noires allant du dessus de la tête jusqu’à la nuque.

La plupart du temps, ces critères suffisent à différencier les deux lignées. Cependant, cela devient plus difficile dans le cas d’hybrides, pour lesquels l’analyse génétique se révèle indispensable pour valider l’identification.

Concernant les indices de présence, leurs traces ne peuvent être différenciées mais les crottes du Chat forestier sont caractéristiques : en forme de petits obus et déshydratées, relativement persistantes en milieu naturel, elles sont souvent déposées en îlot à proximité d'un gîte, parfois enterrées.

chat sauvage et chat domestique

Caractéristiques du pelage du chat forestier (A) et du chat domestique tigré (B). Croquis Claude Poivre – Extrait de B. Condé, 1979. 

 

Un autre Félidé en France : le Lynx

Dans la même famille, on retrouve également le Lynx boréal (Lynx lynx). Beaucoup plus grand que le Chat forestier, le Lynx peut peser entre 12 et 35 kg pour une longueur du corps (queue incluse) comprise entre 70 et 130 cm, et une hauteur au garrot d’environ 65 cm. Cette espèce considérée comme « en danger » sur la Liste rouge des mammifères fait l’objet d’un Plan national de conservation, qui a permis d’impulser le Plan National d’Actions Lynx porté par l’État. Nous vous renvoyons ici à la page dédiée à cette espèce.

 

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